Contribution de Robert Lyman © 2026. La biographie de Robert Lyman peut être consultée ici.

RÉSUMÉ EXÉCUTIF

Montreal Refinery

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Le cadre de la politique climatique du Québec est défini dans le Plan pour une économie verte 2030. Il vise une réduction de 37,5 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) par rapport aux niveaux de 1990 d’ici 2030, ainsi que la « neutralité » carbone d’ici 2050. La neutralité implique essentiellement l’élimination quasi totale des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050, soit dans 24 ans. Quelles sont les chances de réussite ?

Il existe trois sources principales d’approvisionnement énergétique. L’électricité couvre 707 pétajoules (PJ), soit 41 %, des besoins de la province. Plus de 99 % de l’électricité produite provient de sources d’énergie renouvelables, essentiellement de l’hydroélectricité à faible coût. Aussi impressionnant que cela puisse paraître, cela représente moins de la moitié de l’énergie consommée par les Québécois. Les deux autres sources d’énergie principales sont les produits pétroliers raffinés, qui fournissent 599 PJ (35 % du total), et le gaz naturel (235 PJ, soit 14 %). Les hydrocarbures couvrent ainsi environ la moitié des besoins énergétiques du Québec, soit davantage que l’électricité.

Les gouvernements du Québec ont mis en œuvre des politiques climatiques depuis le début des années 1990, et plus particulièrement depuis 2010. En 2010, les émissions de la province s’élevaient à 79 millions de tonnes d’équivalent en dioxyde de carbone (Mt éq. CO2). En 2024, les émissions totales de GES du Québec étaient de 78 Mt éq. CO2, un niveau pratiquement inchangé par rapport à 2010.

Selon les estimations du gouvernement du Québec, la réduction des émissions pour atteindre l’objectif de 2030 coûtera environ 38 milliards de dollars à la province et pourrait réduire le PIB de 20 milliards de dollars d’ici 2030. Le gouvernement n’a publié aucune estimation du coût d’une décarbonation complète d’ici 2050.

La décarbonation complète implique d’éliminer la quasi-totalité de la consommation d’hydrocarbures dans les secteurs industriel, commercial, des transports, résidentiel et agricole. Chacun de ces secteurs présente des défis qui lui sont propres.

Le transport routier (voitures et camions) est à l’origine d’environ 31 % des émissions du Québec, tandis que les transports aérien, ferroviaire, maritime et hors route en génèrent près de 12 %. Le Québec a déjà investi des milliards de dollars pour tenter de remplacer l’essence et le diesel dans son système de transport et pour inciter les citoyens à délaisser la voiture au profit de transports en commun électrifiés. À la fin de 2025, le Québec comptait environ 441 000 véhicules légers zéro émission et hybrides rechargeables immatriculés. Cela représente environ 6 à 7 % du parc automobile total de la province. Moins de 1 % des camions commerciaux lourds et de poids moyen du Québec sont électrifiés.

L’industrie et le secteur manufacturier représentent environ 28 % du total des émissions de GES au Québec. La liste des plus grands émetteurs industriels se lit comme un inventaire des entreprises les plus importantes de l’économie québécoise : Alcoa Canada, Aluminerie Alouette, Aluminerie de Shawinigan et Aluminerie de Bécancour dans le secteur de l’aluminium ; St. Mary’s Cement et Ciment Québec Inc. dans celui du ciment ; Rio Tinto Alcan ; Bombardier ; Glencore Canada ; Domtar ; la raffinerie Valero ; et ainsi de suite. Jusqu’à présent, malgré ses objectifs ambitieux d’atteindre la carboneutralité, le Québec n’a pas relevé le défi d’imposer aux plus grandes entreprises industrielles de s’y conformer (ou de les subventionner massivement pour ce faire).

Quelque 230 000 à 235 000 foyers au Québec dépendent du gaz naturel pour le chauffage et ne verront pas d’un bon œil l’obligation de changer de système.

L’agriculture représente environ 7 à 8 Mt éq. CO2, soit 10 % des émissions de GES du Québec. Il existe des limites, tant économiques que biologiques, à la réduction de ces émissions. Par exemple, pour éliminer totalement le méthane issu de l’élevage et le protoxyde d’azote lié aux engrais sans réduire drastiquement la taille des troupeaux ou les rendements agricoles, il faudrait recourir à des technologies encore inédites ou tout juste émergentes.

Hydro-Québec estime avoir besoin de plus de 100 térawattheures d’électricité supplémentaire – soit plus de la moitié de sa capacité de production annuelle – pour atteindre l’objectif gouvernemental de carboneutralité d’ici 2050. L’entreprise prévoit d’ajouter entre 8 000 et 9 000 MW de capacité de production ainsi que 5 000 km de lignes de transport d’ici 2050. Les investissements nécessaires pour y parvenir s’élèvent à 110 milliards de dollars d’ici 2035.

La politique en matière de changements climatiques doit être envisagée dans un contexte international. Le Canada ne produit que 1,5 % des émissions mondiales annuelles de GES, et le Québec en produit moins de 0,2 %. Les émissions de GES par habitant au Québec s’élèvent à environ 9,1 tonnes, soit près de la moitié de la moyenne canadienne.

L’argument politique en faveur de politiques visant la neutralité carbone repose sur l’idée que les pays du monde entier se sont engagés à réduire drastiquement, puis à éliminer, les émissions de gaz à effet de serre. En 2025, les émissions mondiales se sont élevées à 35 806 millions de tonnes d’équivalent CO2, poursuivant ainsi la tendance à la hausse observée depuis 1990. Fait notable, les pays non membres de l’OCDE génèrent désormais 69 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. La quasi-totalité de la croissance des émissions provient de ces pays non membres de l’OCDE, et plus particulièrement d’Asie.

Les obstacles qui entravent la décarbonation complète du Québec d’ici 2050 sont immenses ; les surmonter s’avérera extrêmement coûteux et, probablement, irréalisable, quels que soient les coûts engagés.

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