INFORMATIONS EN MATIÈRE DE PRODUCTION D’ÉNERGIE SUR LES DIFFICULTÉS D’INSTAURER LE RÉSEAU NATIONAL HYDRO-ÉOLIEN PROPOSÉ DANS LE RAPPORT «AGIR SUR LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES»

 

Aspect technique Perspective de production

 

Le rapport «Agir sur les changements climatiques»,publié par McGill Trottier au printemps 2015, propose la création d’un réseau national hydro-éolien qui, selon les auteurs, pourrait être mis en place d’ici 2035. L’organisme Friends of Science a demandé à des spécialistes albertains en production d’énergie si ce projet serait réalisable et à quel prix. L’un des documents cités à l’appui de la proposition, rédigé par Danny Harvey et al., fait référence à l’Alberta comme une importante ressource en énergie éolienne. Voici l’analyse technique.

 

Même si nous partons du principe que le potentiel éolien est suffisant, il y a d’importants problems techniques liés à l’utilisation d’un réseau national hybride d’énergie hydroélectrique et éolienne pour alimenter tout le Canada en énergie. Le plus gros problème avec l’éolien, c’est qu’il ne répond pas à la demande. En effet, en Alberta, il est négativement corrélé à la demande de pointe. Notre pointe de consommation hivernale a lieu quand il fait extrêmement froid et, dans ces cas-là, il y a TOUJOURS une absence de vent. Le même phénomène pourrait s’observer en Ontario, mais aucune recherche dans ce domaine n’a été incluse dans ce document d’observation.

 

L’AESO publie régulièrement un rapport intitulé Long Term Adequacy Metrics visant à surveiller l’approvisionnement en électricité à long terme en Alberta. Dans les calculs d’adéquation, l’énergie éolienne n’est pas prise en compte pour la raison mentionnée plus haut.

Consultez le lien suivant:

www.aeso.ca/downloads/Division_202_-_Section_2026_Adequacy_of_Supply_(Oct_1_2014).pdf

section 4(2)(b)(v) et 4(2)(c)(v) à la page 3 (en anglais) pour obtenir de plus amples renseignements.

La méthodologie exclut l’énergie éolienne des calculs.

 

Actuellement, en Alberta, nous consommons environ 80000 GWh d’électricité par année et la production éolienne de la province présente un facteur de charge d’environ 30%. Consultez les pages 19 et 10 du lien suivant:

http://www.aeso.ca/downloads/2014_Annual_Market_Stats_WEB.pdf

(en anglais). En théorie, pour que l’Alberta devienne autosuffisante en matière d’énergie, nous aurions besoin d’installer 30 GW de capacité éolienne. Même avec une capacité de production éolienne de 30 GW, il est fort possible que le vent ne contribue ABSOLUMENT PAS à l’approvisionnement. Dans ces cas-là, nous aurions besoin d’importer 100% de notre électricité auprès d’autres provinces. Par temps venteux, nous produirions plus de 3 fois l’électricité que nous en consommons. Cela signifie qu’il nous faudrait exporter ou perdre jusqu’à 20 GW de capacité éolienne. La déperdition (absence d’utilisation) est une réelle possibilité, car rien ne garantit qu’il y ait une demande pour cette quantité d’énergie.

 

Dans le document de M. Harvey, il est question d’installer entre 18,4 GW et 25,8 GW d’énergie éolienne en Alberta, ce qui représente respectivement 31% et 28% de la capacité éolienne totale selon son plan. Cela montre à quel point ce plan dépend de notre province.

 

L’Ontario est l’autre contributeur important à ce plan, représentant entre 45% et 48% de la capacité éolienne totale. Les auteurs utilisent également un facteur de charge de 40% pour l’Alberta, alors qu’en réalité elle n’est que de 30%. Ce document n’examine pas les autres régions du Canada, mais fait référence à des capacités de charge supérieures à celle de l’Alberta, dépassant 50% dans certaines provinces. Quelques recherches sur Internet démontrent que ces valeurs pourraient être exagérément optimistes, d’au moins 10%.

 

Le document de M. Harvey s’appuie principalement sur l’énergie éolienne produite en Alberta et en Ontario. Bien qu’il soit vrai, comme le mentionnent les auteurs, qu’il y a des avantages à tirer de la diversification des sources éoliennes, les deux provinces affichent des tendances similaires: des vents plus forts en hiver et plus faibles en été. On peut le constater dans les statistiques de marché de l’AESO, plus haut, et dans le document suivant pour l’Ontario:

http://coldaircurrents.luftonline.net/2013/01/monthly-capacity-factor-

of-wind.html

(en anglais). Il est certain qu’il y aura des periods où l’Alberta et l’Ontario auront simultanément une production d’énergie éolienne faible, voire nulle. Dans ces cas-là, la grande majorité du pays serait entièrement dépendante d’Hydro. Hydro dispose d’une certaine marge de manœuvre, mais ne pourrait pas répondre à la demande.

Une grande partie de l’hydroélectricité provient de rivières dont le débit n’est pas contrôlable à volonté. D’importantes pannes d’électricité entraîneraient de graves conséquences pendant les périodes de froid ou de chaleur extrême.

La partie « 4.1 Future Research Steps » du même document suggère de se pencher sur les correlations entourant les variations entre le vent et la consommation horaire. Le fait que les auteurs ne l’ai ent pas fait avant de rédiger ce document constitue l’erreur fatale. Peut-être que quand ils termineront leurs recherches, s’ils les terminent, la réalité les rattrapera.

 

Perspective de transport

Étant donné le faible facteur de charge de l’éolien, de deux à trois fois plus d’équipements de transport sont nécessaires comparativement aux méthodes de production classiques. Dans le document de M.Harvey, les auteurs prévoient de transmettre l’énergie dans l’ensemble du pays au moyen de lignes CCHT connectées à des nœuds dans les grands centres de consommation. Ils prennent uniquement en considération la «partie à CCHT du système de transport et de distribution ». Ils ne tiennent pas compte de l’intégration de ces lignes CCHT dans les réseaux existants ni des problèmes éventuels de fiabilité du transport. Même si nous supposons que leur calcul pour les lignes CCHT est exact, ils sous-estiment grandement le véritable coût du transport et de la distribution.

 

En Alberta, nous dépensons environ 1 million de dollars pour intégrer 1 MW de production éolienne. Consultez les pages 61 et 62 du document suivant

http://www.ucahelps.alberta.ca/documents/ABE_TFCMC_Report_7_WEB_-_June_2014.pdf

(en anglais) pour connaître le contexte et les coûts du projet de renforcement du réseau électrique dans le sud de l’Alberta

(SOUTHERN ALBERTA TRANSMISSION REINFORCEMENT -SATR; PROJECT 787–To accommodate wind generation in southern Alberta).

En résumé, l’Alberta devrait intégrer de 18,4 GW à 25,8 GW de production éolienne selon le document de M. Harvey. Des lignes CCHT devraient également être construites dans l’ensemble du pays et, pour être alimentées en électricité, les provinces devraient également renforcer leurs réseaux. L’Alberta aurait également besoin de renforcer le réseau afin de recevoir de l’énergie et de l’acheminer aux centres de charge quand le vent ne souffle pas. En fin de compte, M. Harvey sous-évalue considérablement les exigences de transport.

 

Aspect économique

Plus haut, nous avons mentionné à quel point le plan est techniquement irréalisable. Toutefois, si nous ne tenons pas compte de ce fait et prétendons que ce projet pourrait être mené à bien, nous pouvons nous pencher sur l’aspect économique.

 

Le document de M. Harvey estime que le réseau hybride hydro-éolien proposé permettrait d’alimenter tout le pays à un prix situé entre 4,5 cents et 6,39 cents par kWh, incluant les coûts de transport. C’est moins que ce que la majorité des pays paie actuellement uniquement pour l’électricité et soulève la question suivante: si l’énergie éolienne est si peu coûteuse, pourquoi ce projet n’a-t-il pas encore été mis en œuvre?

 

Tout d’abord, M. Harvey declare que l’énergie de source éolienne coûte entre 3,75 cents et 4,97 cents par kWh. Cela exige un «financement des services publics garanti par le gouvernement » de 3%. Ensuite, il déclare que le financement privé est plus près des 12% ce qui reviendrait essentiellement à doubler le coût de transport de l’énergie éolienne. En réalité, il n’y a pas de «financement des services publics garanti par le gouvernement » en Alberta, et même les ressources éoliennes de l’Ontario sont exploitées par des investisseurs privés.

Encore une fois, ce sont les deux provinces dans lesquelles Harvey s’attend à ce que la plus grande partie de l’énergie éolienne soit développée. De même, comme nous l’avons déjà dit, les coûts de transport sont vraisemblablement de deux à trois fois plus élevés que ce qu’il prétend. En fin de compte, l’énergie éolienne décrite dans son projet coûterait au moins le double de ses estimations.

Si nous partons du prix qu’il donne, soit 2000$ par kW de puissance éolienne, et que le transport coûte environ 35% du prix de l’énergie éolienne (estimé d’après le tableau 1), cela exigerait un investissement d’environ 160 milliards à 200 milliards de dollars.

Ensuite, si nous utilisons vraiment des hypothèses de transport réalistes, cela tournerait autour de 240 milliards à 380 milliards de dollars. Cela s’ajoute à l’infrastructure en parfait état dont nous disposons déjà. Où allons-nous trouver tout cet argent?

 

Aspect philosophique

La société canadienne est fondée de façon générale sur le libre-échange, les transactions volontaires entre les gens. Le document rédigé par M. Harvey est une condamnation du libre-échange et defend une philosophie qui obligerait la société à payer des centaines de milliards de dollars pour un plan énergétique qui ne permettrait même pas de répondre à la demande en électricité. Il exigerait également des centaines de milliards de dollars d’actifs énergétiques inutilisables et risquerait de mettre des services publics en faillite.

Cela causerait une perte de richesse considérable pour le Canada et le pays ne profiterait jamais de toutes les répercussions positives si l’argent était investi dans des actifs productifs plutôt que perdu en investissements dans l’énergie éolienne.

 

Concernant la comparaison de l’énergie éolienne avec les méthodes de production classiques, l’analyse explique à quel point les ressources éoliennes sont vastes et comment un parc éolien occupant une très petite surface dans chaque région suffirait à remplacer la totalité de l’électricité actuellement générée par les combustibles fossiles et l’énergie nucléaire. C’est possible, mais ces parcs occuperaient néanmoins beaucoup plus d’espace que les méthodes de production classiques. De même, il faudrait aménager de vastes corridors dans l’ensemble du pays pour accueillir les lignes de transport d’énergie. Il n’est pas nécessaire d’aller trop loin dans la lecture de ce site Web pour savoir ce que les gens pensent vraiment des lignes de transport d’énergie:

https://retasite.wordpress.com/

 

(en anglais).

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Notes supplémentaires (tous les documents sont en anglais) :

Voici le lien vers le document complet Reality vs. Climate Change Uncertainties

–Challenging the claims of “Acting on Climate Change”:

 

https://friendsofsciencecalgary.wordpress.com/2015/04/07/reality-

vs-climate-change-uncertainties-challenging-the-claims-of-acting-

on-climate-change/

 

Analyse critique du document de travail de l’Ontario sur les changements climatiques:

Ideology or Evidence–Asking Questions about Ontario’s Climate Change Policy Discussion Paper

https://friendsofsciencecalgary.wordpress.com/2015/03/19/ideology-

or-evidence-asking-questions-about-ontarios-climate-change-policy-discussion-paper/

 

Documents techniques et scientifiques exhaustifs :

Analyse critique du modèle climatique canadien :

http://www.friendsofscience.org/assets/documents/CanadianClimateModel.pdf

Compte-rendu de Friends of Science sur les sciences du climat :

http://www.friendsofscience.org/index.php?id=681

 

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